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Rose

Margaux Pace, Collège Vivant Denon, 71380 Saint Marcel

Cela fait quatre ans que je roule avec toi, on m'a demandé d'écrire à un objet aimé ou détesté, j'ai tout de suite pensé à toi.

Si je t'aime? Oui. Si je te déteste? Oui. A cause de toi ou peut-être même grâce à toi, j'en ai gros sur le coeur.

Tu m’as été offert lors de mon l0ème anniversaire, je t'ai choisi. Je t'ai choisi ROSE. Et là est bien mon problème.

Avant mon entrée en 6ème, tout allait bien. Je passais d'excellents moments en ta compagnie. Nous parcourions des kilomètres ensemble. J'étais fière de toi. Aujourd'hui, c'est tout le contraire. J'ai honte, honte de toi. Je sais que c'est mal. Mais tout d'abord, il faut que je t'explique pourquoi chaque matin je te laisse dans le garage et j'oblige maman à prendre la voiture.

Voici à quoi ressemble un matin avec toi.

Il est 8hl0 mn, je t'enfourche, j'ai une boule dans la gorge, je pédale lentement. Il ne faut pas que j'arrive trop tôt au collège car on pourrait te voir. Le vent me fouette les joues, la brume du matin me gèle les doigts. Je continue d'avancer. Désormais nous sommes tout près. Je ralentis. L'angoisse monte. J'essaie de faire abstraction du regard des autres mais c'est difficile.

Je suis maintenant à la vue de tout le monde. Les sourires moqueurs se dessinent sur les bouches. Les autres élèves me regardent du coin de l'oeil, certains rigolent. J'ai honte. Je me fais toute petite. J'aimerais tant disparaître ! Mais c'est impossible.

Tu es rose, c'est ainsi.

Je sais qu'à chaque fois qu'un élève me croise dans un couloir, il se dit : « Tiens, c'est la fille au vélo rose! » et je trouve ça dommage. Tu te dis sûrement que j'exagère et que je suis une fille timide et complexée, mais tout ce que je dis est vrai.

Je découvre que l'apparence est très importante et que certaines personnes ne se basent que sur elle. C'est un fait. Il faut être à la mode. Cela ne me déplaît pas, au contraire, mais quelquefois cela prend des proportions démesurées.

C'est vrai, on n'a pas toujours l'accessoire qu'il faut, comme moi avec toi. Dans ces cas-là, les regards insistants et les critiques fusent. C'est comme ça chaque matin, avec toi. Je me sens humiliée.

Bien sûr, il y a des gens qui donnent envie de se battre : des amis, des professeurs, et toi, mon vélo rose.

Mais le matin, je n'ai pas toujours la force de me battre. Alors, je te laisse dans le garage, je pars en voiture, je me fonds dans la masse et je deviens certainement une personne un peu superficielle. Pardonne-moi. Je sais que ce que je dis est cruel, mais tu dois me croire. Je pense que notre histoire va devoir prendre fin. Comme je te le dis, je n’ai plus la force de lutter. Ces quelques mots que j'étale me font très profondément mal. Je ne pourrai à présent plus te regarder en face. Tu me rappelles tellement de choses. Tu me rappelles la vérité. Sache que je ne t'oublierai jamais même si je te laisse.

Je t'aime tant, mais je t'en veux terriblement.

 
Ta propriétaire. Rose