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Lettre d'un frère poilu

Niveau 3e - sujet 1 - 2e prix

Alice MANGEMATIN - Collège du Saint-Sacrement - AUTUN (71)

Lettre d'un frère poilu

Besancon, le 18 Novembre 1917

Ma chère sœur.

Au moment où je t'écris, il fait froid... L'hiver est là, un vent glacé entre dans ces tranchées lugubres. Des flocons de neige égarés dans le chaos essaient de masquer innocemment ce tapis de boue. Mais ne sois pas inquiète, je me porte assez bien. Je ne me plains pas. Ceux de l'autre côté ont été décimés par les obus.

Hier matin, sous des bourrasques de vent, un de mes amis a été touché par une balle allemande. Elle lui a coûté la vie. Hier c'était lui, demain ce sera un autre. Les nuits sont longues, des soldats mourants gémissent sans fin. Nous hésitons toujours à rapporter les cadavres de jour et nous attendons l'obscurité.

Nous vivons six mètres sous terre, tels des taupes. La flamme des lampes de pétrole nous permet de voir un peu plus clair. Nos couchettes superposées faites en grillage sont recouvertes de couvertures et de paille.

Je viens juste de recevoir ton colis. Dès que je l'ai ouvert, j'ai fermé les yeux et me suis imprégné de ces odeurs qui me rappellent tant la maison. J'ai tout de suite reconnu le pâté de porc que maman sait si bien faire. Ensuite sous un emballage, j'ai découvert du chocolat, je l'ai respiré mais n'en ai pas mangé... Je me le garde pour plus tard. Toutes ces bonnes petites choses me changent de ma ration quotidienne de bouillon aux pois et à la couenne de lard.

Pourrais-tu, dans ton prochain colis, m'envoyer une de ces jolies roses de Noël qui poussent au fond de notre jardin près du mur de pierre. Je voudrais toucher la douceur de leurs pétales et revoir aussi notre maison. J'ai souvent des moments de cafard. Je me demande ce que je suis devenu. J'ai l'impression de devenir fou parfois... Le chant des rossignols me manque. Ici tout est mort. Sinistre désert où errent de pauvres fantômes !

J'espère que de votre côté la vie se passe bien. Comment va maman ? Est-ce que sa jambe la fait toujours souffrir ? Dis-lui que je l'aime et que je vais bien, je ne veux pas qu'elle se fasse du souci pour moi. Aide-la, j'ai confiance en toi. Je sais que tu peux l'aider à s'occuper du reste de notre famille, même si papa n'est plus parmi nous ; il faut que tu sois forte. Vous me manquez terriblement.

J'ai hâte de revoir les si beaux paysages du Morvan. J'aimais tellement au printemps voir la blancheur mousseuse des haies d'aubépines en fleurs... Marcher dans les prés encore humides de rosée, les yeux hypnotisés par la lumière flamboyante du soleil levant. Je pense à ces joyeuses promenades qui nous attendent à mon retour. Nous marcherons à nouveau main dans la main, oubliant le passé.

J'espère que je rentrerai à temps pour le 14 juillet, je veux revoir les feux d'artifice et danser au bal. J'ai besoin de voir des jolies filles, d'être amoureux...

Ma sœur, toi qui me manques tellement, écris-moi ! Donne-moi plein de nouvelles de toi, de ta vie, de tes rêves. Donne-moi la force de survivre à cette folie.

Ton frère qui t'aime.