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L'homme et sa conscience

Marie Rouaud, collège en Bagatelle, Tournus, 71

Page d'un carnet de bord écrit par un voyageur qui, errant en Normandie, fut recruté dans les armées du roi pour combattre les Anglais... Suite à une bataille qui fut un carnage, l'homme, accompagné de quelques survivants, se perdit dans une forêt. Ces pages reflètent ses pensées sur le monde et la vie. Il porte sur son dos son ami mortellement blessé et à l'aube du trépas.

William, sur mon dos, se fait de plus en plus lourd... Il délire. Le coup de fourche qu'il a reçu au creux de l'abdomen s'est élargi et il perd son sang. Ma chemise ruisselle de la vie qui s'échappe de lui-même et qui l'emmène dans les abîmes de sa conscience. Il brûle de fièvre, la sueur perle à son front alors que sa fierté s'échappe à combattre une blessure inguérissable.

Les murmures des gens qui m'entourent se font plus forts, plus osés ; leur frayeur se fait plus grande ; le désespoir les submerge. Ils s'effritent sur la pureté du silence qui les entoure. Certains, les yeux clos, marchent dans le vide, marmonnant des phrases brûlantes de vérité que personne ne veut entendre. Toi, qui lis ces pages, réfléchis au plus grand mal de l'Homme, le plus révélateur qui soit ; pense au jugement dernier et à la colère de dieu, écoute la pureté du son d'un fleuve qui coule, la beauté du chant des oiseaux et le cri de l'humilité. Regarde la couleur du lever de soleil et pense que l'humain, le « semeur de chaos » est tout et rien ; pense que tu dois à la nature qui t'entoure plus de brins que l'étincelle qui éclaire dans le ciel noir de la nuit ; regarde la lune et dis-toi que le voyageur qui traverse une forêt pleine de murmures et d'obscurité ne vaut rien car c'est ça.... Je ne vaux rien. Je ne ressens que de l'amour pour mon ami mourant sur mon dos. Je ne veux pas vivre pour avoir à supporter le malaise d'avoir survécu aux horreurs que j'ai vues, je ne veux pas avoir à en témoigner alors, par pitié, que la peur cesse de me tenailler le ventre et de manger mon esprit qui est la seule chose qui me reste, entre la rancune et le désespoir. Le roi cruel, qui m'a pris mes deniers et mes poulaines, déverse sa colère sur moi et les gens qui m'entourent. Préserve tes enfants du mal de l'Homme et apprends leur à mourir, prie pour me donner le courage de surmonter la colère et la honte qui m'assaillent. Je ne veux plus voir l'homme sans courage que je suis. Lis ces pages, celles écrites par un voyageur perdu dans une forêt et qui ne veut pas se réveiller de la nuit qui vient, mordu par le froid et la déception.