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Un soir, un livre 2023

Cercle de lecture convivial ouvert à tous , qui fonctionne sous la houlette de Jeanne Bem

On se rencontre une fois par mois environ et on discute du livre choisi lors de la précédente rencontre.
On peut venir aussi juste pour attraper le désir de lire.

 


Prochaine rencontre
Vendredi 10 février à 14 heures, chez Elisabeth, Autun,
autour de

Une vie entière, 2014 ; Folio

de Robert Seethaler

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image : /upload/Annee 2022/UnSoir_22_Ernaux_LeJeuneHomme.jpg  image : /upload/Annee 2022/UnSoir_22_Ernaux_Lusagejpg.jpg  image : /upload/Annee 2022/UnSoir_22_Ernaux_PassionSimple.jpg

Mercredi 11 janvier 2023

Merci à Agnès pour son accueil. Hier, c'était la fête d'Annie Ernaux: ses trois livres, Passion simple, L'usage de la photo et Le jeune homme, ont eu droit à une discussion très libre et animée.

Mais d'abord nous avons parlé du film Les années super 8. Une petite oeuvre filmique mais réussie, qui en dit pas mal sur la personnalité de l'auteure et comment elle a dû se dégager de la routine familiale pour trouver sa voix et son écriture. Elle s'y montre sous la figure de la chrysalide assoupie qui va s'envoler après le divorce. Presque toutes les familles des années 70 et 80 ont des petits films comme ça, mais en équipe avec son fils, le monteur et la musicienne, Annie Ernaux en a fait quelque chose d'original. Le texte qu'elle dit garde cette distance qui est sa marque. On a évoqué sa froideur, on ne la voit pas faire des câlins à ses petits garçons: mais nous ne connaissons pas les rushes, le film est le produit d'un tri très médité. Cette même distance se retrouve dans L'usage de la photo, un livre qui court sur la double trame de l'histoire d'un amour et de l'histoire d'un cancer.

C'est L'usage de la photo qui a été le plus discuté. Un livre écrit à quatre mains, avec des illustrations, apparemment sur une expérience à la fois amoureuse et photographique. Les auteurs devaient-ils reproduire ces photographies de tas de vêtements, ou s'en abstenir? Il manque les couleurs et dans ce fouillis grisâtre on ne distingue presque rien, à part les godasses et le soutien-gorge! Plaidoyer pour ce livre-objet: Gallimard ne pouvait pas mettre de la couleur; si les auteurs avaient voulu publier un livre d'art, ils seraient allés chez Skira; le côté "illisible" des photos donne plus d'importance aux textes, qui disent les formes et les couleurs; peut-être que les illustrations ne sont que des fantômes d'images, qui dénoncent le régime d'images "effréné" (mot de A. E.) qui s'est installé dans notre monde. Elle redonne toute sa place à l'imagination. Des étreintes des amants, on n'apprend presque rien, il n'y a pas de représentation. Les tas de vêtements ont rappelé à certains une exposition de Christian Boltanski au Grand Palais - leur amoncellement devait évoquer la Shoah. De là cette idée: L'usage de la photo relève de l'art en effet, mais de cet art contemporain particulier qui consiste en performances et en installations éphémères. Je parlais d'un livre-objet: c'est plutôt un objet d'art hybride, inclassable, qui témoigne d'un acte artistique révolu tout en inscrivant dans la durée (c'est imprimé, elle a posé "les scellés" p. 148) quelque chose d'impalpable et d'indicible.

L'éphémère est peut-être le mot qui caractérise l'érotique d'Annie Ernaux. Plus que sa façon d'écrire, sa façon de vivre librement va à l'encontre de la bien-pensance - quand elle ne choque pas, au moins elle déstabilise. Ses relations amoureuses sont toujours limitées dans le temps - une de ses préoccupations c'est d'ailleurs le temps, dans sa texture et ses dimensions, avec la dualité passé-présent, les moments parfaits (aussitôt disparus et oubliés - d'où l'obsession des traces indirectes), ou encore la pesanteur poisseuse de l'attente. On a objecté que, si elle est féministe, comment peut-elle devenir esclave de l'attente de l'homme, dans Passion simple? Mais il s'agit de la sujétion à la passion, qu'elle assume "librement". La passion n'est pas une expérience si répandue - c'est pourquoi certains adolescents sont saisis par les tragédies de Racine. On a évoqué Proust, Marcel et Albertine, et la jalousie qui semble être un marqueur de la passion. On a aussi un peu parlé du Jeune homme (quelques pages arrachées à la liste des amants...). Le plus intéressant dans ce petit texte, c'est comment Annie Ernaux retrouve avec ce jeune homme la jeune femme étudiante à Rouen qu'elle était au début des années 60. Encore le thème du temps. Mais retour aussi à l'autre Annie Ernaux, la transfuge de classe!