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Un soir, un livre 2026

Cercle de lecture convivial ouvert à tous, qui fonctionne sous la houlette de Jeanne Bem

On se rencontre une fois par mois environ et on discute du livre choisi lors de la précédente rencontre.
On peut venir aussi juste pour attraper le désir de lire.

Les comptes-rendus sont rédigés par Jeanne Bem

 image : /upload/Année 2026/Un soir, un livre/UnSoir26_Padura_LaHavane.jpg   

Prochaine rencontre
Chez Chantal - Etang sur Arroux  17 mars à 16 heures.
Autour de
 Aller à La Havane de L. Padura, Mataillé 2026 

 

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le 12 février 2026

image : /upload/Année 2026/Un soir, un livre/UnSoir26_Aymé_Contes_duchat.jpg  image : /upload/Année 2026/Un soir, un livre/UnSoir26_Aymé_PasseMuraille.jpg

Nous étions huit jeudi dernier chez Agnès (merci pour son accueil et son vin chaud), et nous avons passé un très bon moment à évoquer Marcel Aymé, un grand écrivain du 20e siècle (méconnu aujourd'hui) et l'auteur de ce chef-d'oeuvre que sont "Les Contes du chat perché". Une participante préfère ses romans, mais l'esprit d'enfance a régné sur le salon d'Agnès.

L'oeuvre de Marcel Aymé (1902-1967) est immense, rien que ses nouvelles et contes remplissent 1300 pages d'un Quarto Gallimard. Et il a été aussi journaliste, romancier, auteur de théâtre, sans compter qu'il a travaillé pour le cinéma. Restons-en au "Chat perché": les 17 contes que nous lisons maintenant réunis dans un seul recueil ont été publiés un à un dans des revues dans les décennies 30 et 40. Mais le monde de Delphine et Marinette et leur vie à la ferme avec leurs parents et leurs amis les animaux, il faut les situer dans la France de 1900, la France d'avant la Grande Guerre, qui correspond à l'enfance de Marcel. C'est une ruralité qui n'existe plus. Elle est à la fois rude comme l'était l'époque, et attendrissante comme la nostalgie d'un monde perdu. "Les Contes du chat perché" nous restituent de façon très vivante l'atmosphère de la IIIe République. Ce réalisme coexiste avec le merveilleux, qui emprunte aux contes traditionnels, aux fables, aux dictons, aux comptines, aux jeux, et aux mythes. Mais surtout, la signature de Marcel Aymé, c'est son humour et l'originalité des situations qu'il invente. Les animaux parlent et sont traités par le conteur comme de vraies personnes, mais la psychologie compte peu. L'auteur part d'une idée et ensuite il tire le fil, jusqu'au bout des possibilités. On est pris et on le suit, on est sous le charme.  

Je reviens à l'enfance. Le père de Marcel était sous-officier dans la gendarmerie, dans l'Yonne, et Marcel était le dernier de ses six enfants. A la mort de sa femme, en 1904, le père l'a confié aux grands-parents maternels, qui avaient une petite tuilerie près de Dôle. L'enfant a d'abord passé quelques années très heureuses, courant librement dans les champs avec les petits paysans. La liberté était ancrée dans la famille: son grand-père était férocement anti-clérical et son père était franc-maçon. Marcel a été baptisé en cachette par sa grand-mère! et comme il avait huit ans, il a signé lui-même son acte de baptême! Dans le décennie 1910, il est au collège à Dôle. Bachelier en 1919, il attrape la grippe espagnole - d'autres maladies suivront. Il renonce aux études, et un peu par hasard, vivant à Montmartre et fréquentant les artistes et les écrivains, il devient l'un d'eux. Dès 1927 il devient un auteur Gallimard. 

On donne parfois à Marcel Aymé l'étiquette d'écrivain de droite. Fondamentalement, il est pacifiste (un peu comme Giono). Il déteste l'autorité et l'injustice, il milite pour la liberté de pensée et d'expression. Il n'a jamais pardonné à De Gaulle d'avoir laissé exécuter Robert Brasillach. Dans les années 30 et dans les débuts du régime de Vichy, il a publié dans des journaux de gauche; sous l'occupation, il a essayé de publier dans des feuilles collabo des articles pour protester contre la persécution des juifs - articles censurés (mais un article a été diffusé clandestinement par les typographes). Il n'a pas eu d'ennuis au moment de l'épuration, mais il est allé rendre visite à Céline qui s'était exilé au Danemark. Bref, Marcel Aymé est inclassable, je l'appelle "un anarchiste de droite". Nous avons discuté de cet aspect politique à propose de son autre recueil célèbre, un recueil de "contes merveilleux" pour grandes personnes: "Le Passe-muraille".

"Le Passe-Muraille" a beaucoup occupé notre débat. C'est parce qu'il est difficile de dire quelque chose de précis sur l'art de Marcel Aymé dans "Les Contes du chat perché". C'est un art fait de délicatesse, de justesse et de légèreté. Chaque conte est particulier, chacun a son conte préféré, et nous nous en sommes raconté quelques-uns !

**************************************************************************************************************************************************************Le 8 janvier 2026

image : /upload/Annee 2025/Un soir, un livre/UnSoir25_Grondahl_couv_Au_fond.jpg

Hier nous étions sept, réunies chez Colette: merci pour son bel accueil !

Le roman de Jens Christian Grondahl, "Au fond des années passées", se prête à la discussion, et celle-ci a été particulièrement animée. C'est un texte qui éveille en chacun des échos variés. Pour notre groupe l'auteur était une découverte, alors que Gallimard a déjà publié douze de ses romans, depuis 1999. Il a un public en France!

La plupart des lectrices ont apprécié l'art du romancier danois, qui a été comparé à Modiano (pour le retour aux années de jeunesse dans un passé un peu trouble); aux Russes genre Dostoïevski pour la lumière nordique, l'intensité des affects, les personnages aux caractères marqués, inscrivant en sous-texte des interrogations éthiques et philosophiques; on peut aussi penser à Flaubert et au héros de "L'Education sentimentale", Frédéric, qui est depuis 1869 le prototype du jeune homme qui se laisse porter par les rencontres et par les événements sans jamais arriver à donner un sens à sa vie. Il y aurait aussi des rapprochements avec des réalisateurs. Ce roman est cinématographique, l'auteur a un sens aigu des séquences-promenades et des jeux de lumière, c'est un romancier du regard.

A une exception près, d'une participante qui n'a pas "accroché", à peu près tout le monde était d'accord pour reconnaître de grandes qualités à ce roman, et d'abord le style, fluide et insaisissable en même temps. "Pourquoi elle? La question est mal posée, car tout a commencé avec elle [...]" (page 34). Grondhal possède l'art inexplicable de vous absorber, de vous pousser à continuer à lire même si vous ne comprenez pas tout. Chacun avait un beau paragraphe, une belle phrase à lire à voix haute, parfois un passage bizarrement métaphorique, comme cet appel à des "mots" qui doivent "saisir, mâcher et transformer l'être avec leurs sensations, leurs tentacules et leurs mandibules" (page 114).

Sur le plan de la forme narrative, c'est un livre très normal : récit à la première personne; deux époques racontées à la file, séparées par environ quarante ans, le Narrateur d'aujourd'hui revisitant et jugeant le jeune homme qu'il avait été; une intrigue classique : un homme et une femme qui se sont aimés jadis se retrouvent après que chacun a vécu une longue et un peu décevante expérience maritale; le décor est un peu étrange pour le lecteur qui n'est pas familier de Copenhague - mais rien de trop dépaysant. Nous avons des aperçus sur l'atmosphère politique au Danemark dans les années 1980, incarnés dans une poignée de personnages typiques et reconnaissables. Pour ce qui est des années 2020, le romancier se rapproche de nous avec des thèmes d'actualité, tels que "me too", ou encore le refus de la binarité de genre. Il faut signaler les moments d'humour, ou simplement de légère ironie tendre.

Nous avons conclu que ce roman se prête à la relecture! Elle nous ferait découvrir encore d'autres facettes non vues, non lues!